Le droit de réponse de la jeunesse campinoise, stigmatisée après les incidents du 31 décembre

L’affaire a fait grand bruit. Le 31 décembre dernier, à Champigny-sur-Marne, une soirée privée, organisée sans l’autorisation de la préfecture ni de la mairie de Champigny, dans un hangar d’une zone industrielle, a totalement dégénéré. Alors que la salle ne pouvait accueillir que 200 personnes, une foule considérable a tenté d’investir les lieux. Débordés par le raz-de-marée humain, les organisateurs ont dû alerter les forces de l’ordre. L’arrivée de la police et des CRS n’a rien arrangé à la situation chaotique : en marge des débordements aux alentours du hangar (destruction d’un mur de la salle, affrontements entre représentants de l’autorité et jeunes, bousculades, bris de verre), deux membres de la police, isolés, ont été pris à partie par une vingtaine de personnes. L’agression de la policière, recroquevillée au sol et rouée de coups, a été filmée et postée sur les réseaux sociaux.

Stigmatisation et amalgames

Dès lors, bon nombre d’amalgames ont suivi la médiatisation de cet événement déplorable. La jeunesse campinoise s’est retrouvée stigmatisée et a été jugée responsable de cette rixe. D’une manière générale, certaines croyances laissent penser que les jeunes campinois «s’ennuient» et sont «turbulents». Au vu du traitement médiatique fallacieux et par souci de transparence, la direction de la jeunesse de la mairie de Champigny a décidé d’accorder une tribune aux jeunes de la commune. Nous avons rencontré des jeunes issus de quatre quartiers : les Mordacs, le Plateau, les Boullereaux et le Bois-l’Abbé. Ils ont accepté de revenir sur les incidents du 31 décembre dernier mais également de raconter leur quotidien et exprimer leur ressenti sur le traitement qu’ils subissent.

«Ce n’étaient pas des jeunes de Champigny»

Originaire des Mordacs, Vanoli MATHEUS, étudiant de 18 ans en Terminale Vente au Lycée Langevin Wallon, s’est montré catégorique : les jeunes belliqueux durant la nuit de la Saint-Sylvestre ne venaient pas de Champigny-sur-Marne. 

«La jeunesse campinoise est calme et active»

Etudiante de 18 ans en DUT Carrières Sociales en Animation, Nawel SANA, actuellement en stage au sein des structures jeunesse du quartier du Plateau, a jugé le traitement médiatique incorrect. 

«Il y a beaucoup de choses à faire, à apprendre et à connaître à Champigny»

Au PRIJ des Boullereaux, les jeunes se sont montrés particulièrement prolixes concernant les événements du 31 décembre dernier et la médiatisation de l’affaire. Deux d’entre eux étaient présents à la soirée et ont pu donner leur version. 

«On est mis dans une case»

Dernière étape, le PRIJ du Bois-l’Abbé. Autour d’une collation, dix jeunes n’ayant pas souhaité être filmés ont débattu sur les incidents. D’emblée, un sentiment d’injustice a prédominé : «C’est injuste qu’il y ait eu un renforcement des rondes de policiers et de CRS au Bois-l’Abbé. Ce ne sont pas les gens de Champigny qui ont fait ça !», a dénoncé Fatima, suivie par Clara, insatisfaite des informations relayées par les médias : «On ne peut pas laisser les médias s’acharner sur nous comme ça. A Champigny, il n’y a pas que la bagarre. Il y a des gens qui font des études, des gens qui travaillent, mais ça, ils ne le montrent pas. La ville de Champigny est trop sous-estimée. On est mis dans une case, les choses dites sont fausses !»

Le débat s’est rapidement articulé autour du rapport conflictuel entre habitants du Bois-l’Abbé et policiers : «Ils sont là pour remettre l’ordre mais bon… Il y a des bavures policières. Tu peux descendre de chez toi et voir un papa de deux enfants se faire frapper ! Ce qu’il s’est passé avec la policière, c’est ce que subissent les habitants de notre quartier», a déploré Aminata qui, à l’instar de tous les jeunes attablés, ne cautionne pas le passage à tabac de la policière.

«On pourrait faire une manifestation mais ça ne va rien changer»

Aminata, qui a proposé une solution pour régler le litige avec les policiers du Bois-l’Abbé et de Chennevières : «On peut faire une grande réunion entre policiers et habitants du Bois-l’Abbé. Il faut favoriser l’échange avec les policiers». Fatima, elle, s’est montrée plus fataliste : «On pourrait faire une manifestation pour dénoncer les violences policières mais ça ne va rien changer, les choses resteront ainsi. On se fatiguerait à marcher pendant 10 kilomètres mais pour quel résultat ? Dans tous les cas, si on fait une manifestation, on va perdre. De toute façon, ils ne vont pas nous laisser manifester.»

La discussion s’est terminée sur une note positive de la part de Lisa : «On a un bon maire, qui s’occupe bien de nous. Dans notre ville, on sait que beaucoup de choses sont proposées aux jeunes, comme passer le BAFA, par exemple. On a une Mission Locale qui nous propose plusieurs formations.»