« Ce film permet de dire aux jeunes qu’ils ne sont pas condamnés à l’échec »

Rost, le réalisateur du court-métrage Et si on s’en sortait, sera à Champigny ce vendredi 18 novembre, dans le cadre d’une projection, suivie d’un débat. Il nous explique comment son film se positionne face aux problématiques des quartiers sensibles [La bande annonce du film, c’est ici!].

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Pourquoi avoir réalisé Et si on s’en sortait ?

Je l’ai réalisé à la suite des attentats, où j’ai des amis qui ont été assassinés : Charb et son garde du corps. La prise d’otages à l’Hyper casher a touché un ami aussi. Le gérant, qui a pris des balles dans le bas, m’avait aidé, ainsi que son frère, à sortir de la merde, de mes histoires de bandes, il y a 25 ans. A la suite de ça, en tant que rappeur engagé, je me suis demandé qu’est-ce que on peut faire de plus pour que ces gamins [Rost fait ici référence aux frères Kouachi, NDLR], issus de nos quartiers, n’en arrivent pas là. J’ai mis en place ce film qui permet d’ouvrir le débat sur les trafics, ce qui est souvent la première porte d’entrée de tous ces problèmes. C’est surtout un film qui permet de dire à tous ces jeunes qu’ils ne sont pas condamnés à l’échec. On fait énormément de projections de Et si on s’en sortait, ça nous permet d’échanger avec les jeunes.

Vous parliez de vos « histoires de bandes », comment vous en êtes-vous sorti à l’époque ?

Vous savez, quand vous avez 10 ans et que vous atterrissez dans un quartier comme Belleville, dans un immeuble complètement délabré, où vous vivez à neuf dans 28 m2, la violence est énorme. Le quartier fait que soit tu es le coq dominant, soit tu es la victime. Je me suis adapté au quartier, un peu trop d’ailleurs, il était hors de question que je sois la victime. Malgré tout j’avais une éducation de base assez solide. Quand c’est le cas, on revient toujours dans le droit chemin, si on a la chance de passer à travers les gouttes. . J’ai pris la décision de sortir de tout ça à 19 ans, lorsque mon meilleur ami s’est pris une balle a deux millimètres de moi. Moi-même j’avais pris sept coups de couteau quelques semaines avant. Le fait d’avoir déménagé, de voir autre chose, m’a aussi aidé à me dire qu’il y avait un autre avenir possible. C’est pourquoi on [ici, l’association Banlieues actives, NDLR] se bat pour que les gamins sortent de leur environnement. C’est un facteur fondamental pour s’en sortir.

Ce film est-il autobiographique ?

C’est plus ou moins autobiographique, même s’il traite d’une dimension qui n’était pas la nôtre. Je n’ai jamais fumé ni vendu de drogues de ma vie, même si j’ai fait d’autres grosses bêtises. J’ai le souvenir d’une fois où avec des potes on devait faire Paris Bruxelles et on avait que 25 francs dans les poches. Avec ça, il fallait qu’on achète l’essence, à manger, il fallait dormir sur place et revenir sur Paris. Et si on s’en sortait s’inspire de cette histoire-là, qu’on a essayé de raconter un peu autrement.

Pour vous, les jeunes d’aujourd’hui sont-ils toujours confrontés aux mêmes problèmes ?

Aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose qui a changé, à part que certains quartiers ont été réhabilités, avec des immeubles neufs. Mais à l’intérieur de l’immeuble, il y a des gens qui restent dans la fragilité sociale, la fragilité du quotidien. Ça fait plus de trente ans qu’on traine les mêmes boulets.

Pour vous, quelles seraient les solutions ?

C’est un vaste programme (rires). La première chose sur laquelle il faut investir, c’est l’éducation. Le savoir est l’arme la plus puissante. Si vous arrivez à réduire l’échec scolaire, vous réduisez de facto une suite vers la délinquance. Au-delà de ça, on est dans une société où il y a de plus en plus de familles monoparentales. Je pense qu’il faut accompagner ces familles, dont les enfants sont souvent en pertes de repères.

Propos recueillis par Inès Hammani

Vendredi 18 novembre, à 20h, au studio 66. Sans inscription. Gratuit. Suivi d’un buffet en mairie.